Cinq Mars

 

 

Avec ses douves, ses tours et ses fortifications, Cinq-Mars est le type même de château féodal. Il fut construit à l'emplacement d'un castellum romain avant le XI è siècle. En 1050 il était habité par Geoffroy de Saint Médard qui était vassal des comtes de Blois et de Tours. Les luttes entreprises contre les Nerra, comtes d'Anjou furent célèbres. Henri Déffiat marquis de Cinq-Mars y naquit. Convaincu d'avoir conspiré contre Richelieu, le célèbre favori de Louis XIII fut décapité à Lyon en 1642 à l'age de 22 ans. Richelieu fit rasé le château à hauteur d'infamie.

 

Question posée:Lorsqu'on visite le palais épiscopal de Narbonne, on peut voir une petite porte derrière laquelle Cinq-Mars se serait caché. Des panneaux racontent son histoire. Cinq-Mars était un jeune homme dont la carrière fut fulgurante, notamment par la faveur du roi qui l'aimait beaucoup. Il complotât contre Richelieu, et les preuves furent trop accablantes pour que le roi puisse le sauver. Après avoir lu votre site il me reste quelques interrogations. J'ai lu Cinq-Mars de Vigny, et pour lui, il était amoureux de la princesse Marie de Gonzague.  Est-ce un artifice d'Alfred de  Vigny pour donner du piment à l'intrigue, sinon quelles étaient les motivations de Cinq-Mars ?

Si l’on se réfère au "Cinq-Mars  ou la passion et la fatalité " de Philippe Erlanger, librairie académique Perrin, Cinq-Mars ayant été averti qu’on en voulait à sa personne, essaya de sortir de Narbonne mais toutes les portes en avaient été fermées. Mr le Grand trouva refuge dans la maison du sieur Siouzac, sise rue du tribunal. Madame de Siouzac aurait accordé ses faveurs au Grand Écuyer lors de sa première venue à Narbonne, aussi le cacha t-elle. Mais le lendemain, elle avoua à son mari qu’elle cachait l’homme qui était recherché par le roi. Mr Siouzac le dénonça, une troupe armée vint arrêter Cinq-Mars qui dormait encore, tout habillé. De là, on l’emmena à l’archevêché, ses amis vinrent l’y voir et échafaudèrent des plans d’évasion. Mais arriva la garde écossaise forte de 40 hommes et commandée par Jean Ceton pour le conduire à la prison de Montpellier. Cinq-Mars allait mourir à 22 ans !En 1610, le capitaine de chevaulégers Antoine Coiffier-Ruzé, marquis d'Effiat épousa Marie de Fourcy. Marie était ambitieuse, orgueilleuse, avare, dure et dominatrice. Malgré l'avarice de sa femme le marquis menait grand train. Richelieu fut nommé ministre, mais il était haï de tous sauf Antoine d'Effiat qui entra à son service. Pour bons services rendus Antoine reçut le Cordon Bleu, fut Grand Maître de l'artillerie et même surintendant des finances ce qui ne l'empêchait pas d'aller sur les champs de bataille, il reçut le bâton de maréchal ainsi que le gouvernement d'Auvergne pour sa conduite à Veillane mais il mourut à Lutzelstein en 1632. En 1620 naissait Henri, son père lui fit don d'un important domaine tourangeau que dominait le château de Cinq-Mars, une vieille forteresse capable de soutenir un siège. A dix ans Henri appelé marquis de Cinq-Mars, fut nommé grand bailli lieutenant général de Touraine. Richelieu se rendait souvent à 2ffiat et considérait la maison un peu comme la sienne, il se fit le protecteur des enfants d'Antoine. Richelieu était enchanté par l'intelligence, la vivacité, la joliesse d'Henri. Henri qui avait besoin de douceur et de tendresse grandit sous la double tyrannie de sa mère et du cardinal. "Henri avait un regard rêveur, troublant, irrésistible qui trahissait la faiblesse, l'instabilité d'un caractère dont la violence capricieuse masquait une sensibilité toujours prête à recevoir des blessures. Sa mère le guida d'une main de fer et garda sur lui une emprise absolue afin d'élever encore la fortune de sa maison. Toute sa vie Henri devait nourrir d'impuissantes et maladroites révoltes contre ceux qui entendaient le gouverner. Sauf une fois et ce fut son malheur...." Richelieu lui fit donner une solide instruction, il lui fit apprendre également le maniement des armes. En 1636, Richelieu décida de la présenter à la Cour. Le roi ne fit nullement  attention à lui. Le cœur de Louis XIII est partagé entre Marie de Hautefort et Louise de La Fayette, toutes deux haïssent le cardinal et souhaitent sa perte. Mais le cardinal veille et tisse sa toile. Louis combattait le luxe, les toilettes et les duels en vain. Henri se fit remarquer à la guerre ainsi que dans le lit des belles ! Le marquis de la Force, voulait vendre sa charge de Grand Maître de la Garde Robe, aussi Richelieu toujours paternel envers Henri lui proposa t-il la charge. Mais il ne plaisait pas au jeune homme de partager l'existence, l'intimité du roi, recevoir ses confidences et subir ses effets d'humeur. La charge était considérable et très enviée mais c'était surtout un esclavage. Cinq-Mars ne voulait plus être l'esclave de personne et surtout d'un souverain lugubre et maniaque. Aussi refusa t-il fermement la place. Richelieu, quelques temps plus tard, se rendit chez la maréchale d'Effiat et lui démontra que si son fils persistait dans son obstination, il n'y aurait plus d'espoir et de faveurs à espérer pour lui et sa famille. N'oublions pas la mère est ambitieuse. Comment ne pas céder à la volonté du cardinal ainsi qu'à celle de la maréchale, surtout que le roi n'y voyait pas d'objection. Le 27 mars 1638, jour anniversaire de ses 18 ans, Henri devient Grand Maître de la Garde Robe. Tous les fournisseurs du roi se trouvant maintenant à ses pieds, Cinq-Mars peut sans dépenses excessives commencer une collection fantastique de vêtements (ce que l'avarice de sa mère ne lui avait jamais permis). A sa mort il possédait 52 habits estimés à 100 livres chacun, plus manteaux, chapeaux accessoires. Cinq-Mars essaya d'inculquer le goût du luxe au roi, mais Louis XIII aimait l'austérité et la sobriété, Louis refusa de porter des habits moins sévères. Il y eut quelques tiraillements entre Henri et le roi. Louis aimait jouer au pédagogue et prêcher la vertu, Cinq-Mars ne l'appréciait pas. Henri multiplia les conquêtes féminines. Cinq-Mars était un amant comblé entre Marion de Lorme et Mademoiselle de Chémerault. Aucune des deux n'étant jalouse, sachant bien qu'Henri avait beaucoup de liaisons. Madame d'Effiat voyait d'un très mauvais oeil le libertinage de son fils, surtout que celui-ci était d'une prodigalité insensée. Après une violente querelle Cinq-Mars quitta le domicile de sa mère pour vivre chez Ruvigny. Il pouvait changer 4 fois d'habit dans la journée pour les beaux yeux de Marion. C'est en 1639 à Abbeville que Cinq-Mars qui aimait tant les femmes apprit qu'il était devenu le "favori " du roi. Anne d'Autriche souhaitait voir disparaître le cardinal et, pourquoi pas le roi, ceci le permettrait de devenir régente, mais il lui fallait le concours de son séduisant et dangereux beau-frère Gaston d'Orléans. De son coté Cinq-Mars était de plus en plus arrogant envers le roi, les querelles de plus en plus fréquentes. Lors de la découverte d'un complot La Chesnay est obligé de s'enfuir au grand désespoir de Richelieu qui l'avait placé auprès du roi afin de tout lui rapporter. La Chesnay parti, Richelieu convoqua Cinq-Mars et lui intima de prendre la place de l'espion cardinaliste. Henri se cabra mais Richelieu lui fit remarquer que si son ascension avait été aussi rapide c'était grâce à lui. Maintenant Cinq-Mars doit s'acquitter de sa dette, à lui d'être les oreilles du cardinal. Marie de Gonzague, duchesse de Nevers et Rethel, princesse de Mantoue, petite fille de Louis de Gonzague, troisième fils du duc de Mantoue, qui devint duc de Nevers en épousant Henriette de Clèves. En 1628, Marie se met en tête de séduire et d'épouser le duc d'Orléans, veuf depuis 1627. Mais c'est sans compter sur la vigilance de Marie de Médicis, aidée en cela par Richelieu. Pour eux il n'était point question de mariage. Mademoiselle de Nevers et sa tante avaient pris le chemin des Alpes pour se rendre à Mantoue. La reine Mère les fit arrêter et enfermer à Vincennes  pendant deux mois. Monsieur inquiet se réfugia en Lorraine. Janvier 1630, les deux frères se réconcilient, on pensa même que Mademoiselle de Nevers deviendrait la future reine. Le 28 janvier, Marie et Gaston se dirent adieu (le mariage sans l'approbation du roi était impossible), mais ils crurent que leur malheur venait du cardinal. Cinq-Mars admirait fort Marie de Gonzague qui se trouvait dans l'entourage de la reine. Henri se voyait déjà prince s'il épousait la duchesse de Nevers (30ans), il pourrait ainsi éblouir la Cour, la ville, le cardinal et le roi. Quant à Marie, elle pensait que subjuguer le Grand Écuyer qui subjuguait Louis XIII, l'amènerait à prendre le pouvoir et gouverner sous son nom. Henri était envoûté, il voulait l'épouser, mais Marie lui fit mesurer l'espace qui séparait un Effiat de la duchesse souveraine de Nevers. Mais il y avait un moyen de diminuer cette distance.  Si le roi aimait vraiment Cinq-Mars, comme il avait aimé Luynes devenu duc et pair; connétable et Garde des Sceaux. Pourquoi Henri n'en faisait-il pas la demande au roi ainsi pourrait-il épouser Marie de Gonzague. Pour ce faire Henri demanda la protection de Richelieu mais celui-ci prit peur, pris d'une soudaine angoisse, car il connaissait la haine que Marie lui portait. Richelieu fit comprendre à Henri qu'il était tombé dans un piège bien préparé et qu'il ne devait pas oublier qu'il n'était qu'un simple gentilhomme ! Cinq-Mars voulait se venger, il commença par le roi à qui il fit subir mille caprices cruels, mais le roi pardonnera. Marie veillait et dompta l'enfant fougueux en lui faisant comprendre que Richelieu était très malade, il faudra un nouveau premier ministre et pourquoi pas lui, s'il sait bien manœuvrer le roi et être docile, ce que fit Cinq-Mars. Les opposants à la tyrannie de Richelieu se rapprochèrent du favori. Pendant que Richelieu vieillissant assiège Perpignan, Cinq-Mars assiège le roi. Chaque jour le favori réclame la tête du cardinal. Informé, Richelieu réagit de suite. Les espions du premier ministre, surveillaient Gaston d'Orléans (toujours prêt à fomenter des complots et non moins prompt à trahir les siens), ainsi que Cinq-Mars et De Thou. En 1642, Cinq-Mars se lança, avec l'accord de Monsieur et du duc de Bouillon dans un complot qui devait le mener à l'échafaud. Gaston et Cinq-Mars avaient confié à Fontrailles des lettres qui devaient parvenir en Espagne. Les espions de Richelieu récupérèrent les messages et le pacte de trahison avec l'Espagne

© Histoire de France 1996