Philippe 4 le Bel
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Philippe se contenta d'envoyer au roi d’Aragon Esquin de Floyran, miraculeusement extrait de sa geôle, pour lui répéter toutes les horreurs pratiquées par les templiers. Le pape fut, lui aussi, dûment averti. Ni l'un ni l'autre ne furent dupes. La dérobade du pape et du roi d’Aragon, bien compréhensible, n'avait rien qui put encourager Philippe le Bel. Il continuait à hésiter. Nogaret, lui, restait sur les mêmes dispositions implacables, il voulait à tout prix perdre les templiers. Nogaret, mit sur pied toute une campagne d'intoxication. L'opinion fut artificiellement montée contre les templiers. On n'eut guère de mal. Les frères du temple, déjà, étaient détestés. le peuple croyait de bonne foi les templiers spéculateurs, usuriers, alchimistes, il admit aussi qu'ils étaient hérétiques, impies et sodomites. Paradoxalement l'esprit de tolérance acquis par les templiers en terre sainte allait se retourner contre eux. On citait la déclaration d'un frère : "les croyances des païens valent bien les nôtres". Ce qui jouait malencontreusement contre les templiers, c’était le secret dont ils entouraient la réception des nouveaux membres. La règle si belle de l'origine était conservée, en façon de relique, en quelques exemplaires à la disposition des hauts dignitaires. Les simples chevaliers n'en avaient jamais connaissance. On se contentait de la leur résumer. Pour les âmes simples, cela ressemblait à un secret. Quant à l'admission des nouveaux membres, elle se faisait la nuit en des lieux retirés, clos, gardés par des hommes d'armes. Lorsque l'on interrogea, plus tard, le précepteur d’Auvergne et qu'on lui posa la question : pourquoi ce secret si l'on ne faisait rien de mal ? il répondit : "par bêtise". c’était bien de la bêtise que manifestaient certains frères templiers, plus frustres que les autres qui déclaraient hautement aux profanes que "les frères tueraient quiconque, fût-ce le roi, qui assisterait à leur chapitres". Cela suffisait amplement pour que les langues se délient. Les templiers sentaient-ils à quel point s'alourdissait le climat qui les cernait ? non sans aucun doute. Le roi d’Aragon avait fait avertir l'ordre du temple des accusations que portait le roi Philippe le Bel. Le pape avait agi de même. Il n’apparaît pas que les templiers aient pris aucune précaution. Bien mieux, appelé en France par le pape clément V, Jacques de Molay, quitta Chypre, où il préparait un débarquement en Syrie. clément V ne se décidait pas à aller résider à Rome, il errait dans les villes de France comme un vainqueur, accompagne d'une pompe empruntée à l'orient, escorté de " 60 chevaliers, de sergents, d'esclaves noirs, de turcopoles, de 12 chevaux charges d'or, d'argent et de joyaux, d'armes magnifiques, d'objets somptueux". Le peuple se réjouit mais ne put s’empêcher d’évoquer un cortège musulman. Qu’elle aubaine pour Nogaret ! partout, sur le passage de Molay, une question:" que sont devenus les pauvres chevaliers du Christ ? ". Le pape reçut Molay, tenta de le convaincre d'accepter la fusion avec l'ordre de l’hôpital. Molay demeura irréductible. Le roi l'appela auprès de lui, tenta aussi de le décider à la fusion, mais n'eut pas plus de succès. Mais Jacques de Molay ,qui cette fois était à pied d'œuvre, ne pouvait méconnaître plus longtemps les calomnies qui montaient contre son ordre, et ne pouvait ignorer qu'elles étaient accueillies favorablement à la cour de France.


Dernière Modification   22/12/16

© Histoire de France 1996