Philippe 4 le Bel
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C'est le petit peuple qui, le premier, semble s'être posé des questions. Le mécanisme financier échappe fatalement aux pauvres gens. On attribua la richesse des templiers à toutes sortes d’opérations interdites. On les voulut alchimistes, fabricants d'or. On jura qu'ils spéculaient sur le grain, choisissant délibérément d'affamer le peuple. Des gens bien informés assuraient que les postulants templiers devaient promettre, à leur admission, d'augmenter les biens de la communauté " par tous les moyens, même illicites ". Les grands ne croyaient pas ces contes mais reprochaient aux chevaliers du temple leur avidité : "chacun de vous, leur disait le cardinal Jacques de Vitry, fait profession de ne rien posséder en particulier, mais en commun, vous voulez tout avoir". Ces reproches restèrent étouffés tant que les templiers guerroyaient en terre sainte. S'en prendre à l'ordre du temple, c’était, on le savait, émousser la pointe du fer de lance chrétien en terre sainte. Les templiers se sentaient indispensables sur le plan financier et guerrier ce qui faisait naître en eux un orgueil difficilement supportable. Le pape clément IV leur rappelait en 1265 que, sans la maternelle protection de l’église de Rome, ils ne pourraient résister longtemps a " l’animosité publique qui se déchaînerait contre eux " et puis, c'en fut fini du royaume franc de Jérusalem. On n'en était plus, au temps de Philippe le Bel, à la foi rayonnante des premiers croises. Plus de croisade, plus d'hommes et plus de subsides aux chrétiens d'orient. Ceux qui osaient réclamer assistance pour la protection du tombeau du christ étaient traités comme des rêveurs et des empêcheurs de danser en rond. Le jour vint où le royaume de Jérusalem fut perdu. Les templiers se battirent alors avec un courage désespéré. Ils étaient attachés à cette terre où beaucoup avaient passé leur vie et où certains étaient nés. On savait parfaitement, en terre sainte, que la papauté avait préféré ses intérêts en Italie à ceux du tombeau du Christ. C'est avec émotion qu'on peut lire les cris de douleur du troubadour olivier le templier: "  La rage et la douleur se sont assises dans mon cœur à tel point que j'ose à peine demeurer en vie. Car on nous rabaisse la croix que nous avons prise en l'honneur de celui qui fut mis en croix. Ni la croix, ni la loi ne valent plus rien pour nous, qui ne nous protègent contre les félons turcs que Dieu maudit ! mais il semble, à ce qu'il parait, que Dieu veuille les maintenir à notre perte ". Le templier énumère les plus cruelles des défaites et poursuit :" bien fou celui qui veut lutter contre les turcs, puisque Jésus-Christ ne leur conteste plus rien. Ils ont vaincu, ils vaincront, cela me pèse, Français et Tartares, Arméniens et Perses. Ils savent que chaque jour ils nous abaisseront, car dieu dort qui veillait autrefois, et Mahomet resplendit de puissance et fait resplendir le sultan d’Égypte. Le pape fait grande largesse de pardons aux Français et provençaux qui l'aideront contre les allemands.... nos légats, je vous le dit pour vérité, vendent Dieu et son pardon pour de l'argent." Le dernier port de la chrétienté, Saint Jean d'Acre, tomba en 1291, malgré l’héroïque défense du maître du temple, Guillaume de Beaujeu, tué sur les murailles avec 500 chevaliers.


Dernière Modification   22/12/16

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