Philippe IV le Bel
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Elle profita d’un moment ou les frères d’Aulnay s’approchaient pour les observer de près. Nul doute : c’était là ses aumônières. Ainsi peut-on reconstituer la démarche d’esprit d’Isabelle, à travers les chroniques du temps. nul doute non plus sur la haine éprouvée par Isabelle pour ses belles sœurs. Lorsqu’elle fut convaincue de la culpabilité des jeunes princesses, il apparaît qu’une violente colère l’embrasa toute entière. Ainsi ce que l’on racontait était vrai. La disgrâce de ces frères se révélait complète, absolue. La cour de France abritait les plus débauchées des princesses. c’est sa fierté blessée de princesse orgueilleuse, fille de Philippe le Bel, mais aussi l’inconsciente jalousie d’épouse frustrée, face au spectacle irritant de femmes physiquement comblées qui la poussèrent à réagir aussi violemment Isabelle demanda audience au roi Philippe. Le roi résidait alors au château de Maubuisson, près de Pontoise. Blanche de Castille avait fonde l’abbaye de Maubuisson, saint louis y séjourna. Les rois successifs y venaient afin de fuir les agitations et l’air empuanti de la cite. Philippe le Bel, petit-fils de Saint Louis avait une prédilection pour Maubuisson. c’est à Maubuisson, pour une grande part ( le duc de Lévis Mirepoix l’a note ) que son oeuvre colossale a été élaborée. A la veille de toute décision grave, le roi se rendait dans l’abbaye de son grand père et se repliait un peu plus sur lui-même il priait, s’élevait l’âme, cherchait et se cherchait. Quand il se retirait à Maubuisson, la cour l’accompagnait. Une cour bien restreinte, formée d’hôtes rudes, conseillers, prêtres ou guerriers. Formée aussi de la proche famille du roi. cette famille allait faire éclater à Maubuisson le plus tragique des drames prives qu’ait jamais traverse la monarchie Française. Après avoir entendu la stupéfiante accusation d’Isabelle, Philippe a fait procéder à une enquête secrète. Elle a confirme en tous points la triste réalité : Marguerite avait pour amant Philippe d’Aulnay ; Gauthier le frère de Philippe d’Aulnay était l’amant de Blanche. Quant à Jeanne, elle n’ignorait rien ; même, par sa présence, elle s’était faite la complice bienveillante de sa sœur et de sa belle sœur. Que décidera le roi ? en punissant les coupables, fera-t-il éclater le scandale, ce scandale que réprouvent les écritures, ce scandale par quoi seraient éclaboussées non seulement la famille royale, mais la monarchie ? quand il sut les débordements des princesses et que cette affaire été connue de presque tous a la cour, Philippe le bel n’hésita pas. De Maubuisson, la justice du roi s’abattit sur les princesses adultères et aussi sur leurs complices. C’était au début de l’année 1314. De nuit, furent arrêtées Marguerite, Jeanne et Blanche. Elles apprirent aussitôt que les frères d’Aulnay gémissaient déjà sous l’atroce question. D’abord Gauthier et Philippe tinrent bon. Le bourreau redoubla de raffinement.


Dernière Modification   22/12/16

© Histoire de France 1996