Philippe 4 le Bel
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Hugues de Pairaud, visiteur de France, avoua tout ce qu’on voulut : que le reniement, le crachement sur la croix faisaient partie des statuts et qu’il avait lui même conseillé la sodomie. Il formula pourtant une restriction : il n’était pas sur que tous les frères aient été reçus suivant ces rites. Alors, on ordonna une suspension d’audience. Quand on ramena Hugues de Pairaud , il revint totalement sur ses premières déclarations ( J’ai mal compris. J’ai mal entendu ; je crois bien que tous les frères sont reçus comme je l’ai été.) Le plus incompréhensible demeure les aveux de Jacques de Molay. Il ne semble pas que le grand maître ait été torturé. Tout au plus lui montra t-on les instruments du supplice. Et telles furent pourtant textuellement, ses déclarations :
Jacques de Molay : Voici 42 ans que j’ai été reçu à Beaune, au diocèse d’Autun par le frère Humbert de Pairaud, chevalier, en présence du frère Amaury de la roche et de plusieurs autres dont je n’ai plus le nom à la mémoire. Je fis d’abord toutes sortes de promesses au sujet des observances et des statuts de l’ordre, puis l’on m’imposa le manteau. Le frère Humbert fit ensuite apporter une croix d’airain où se trouve l’image du crucifié, et m’enjoignit de renier le Christ figuré sur cette croix. De mauvais gré, je le fis ; le frère Humbert me dit ensuite de cracher sur la croix je crachai à terre.
L’inquisiteur : Combien de fois ?
Jacques de Molay : Une seulement j’en ai bonne mémoire
L’inquisiteur : Quand vous avez fait vœu de chasteté, vous fut-il dit après de vous unir charnellement avec les autres frères ?
Jacques de Molay : Non, je ne l’ai jamais fait
L’inquisiteur : Les autres frères sont ils reçus de la même façon ?
Jacques de Molay : Je ne crois pas que le cérémonial ait été pour moi diffèrent de ce qu’il est pour les autres ; quant à moi, je n’en ai pas reçu un bien grand nombre. Après leur réception toutefois, je priais les assistants de mener à part les nouveaux profès, et de leur faire part de ce qu’ils devaient. Mon intention était qu’ils accomplissent ce que j’avais accompli moi-même, et qu’on les reçut selon les mêmes cérémonies.
L’inquisiteur : Avez vous proféré quelque fausseté, ou mêlé des mensonges à votre déposition, par crainte de torture, de prison ou autre ? avez vous celé la vérité ?
Jacques de Molay : Non, je n’ai rien dit que la vérité, pour le salut de mon âme.
 


Dernière Modification   22/12/16

© Histoire de France 1996